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EMS et intimité au quotidien
Des paroles aux actes
Chantal Altermath , aide-soignante, EMS de Butini
Projet d'accompagnement individualisé d'un résidant, conduit parallèlement à une réflexion développée dans un Travail écrit personnel intitulé «La sexualité du troisième et du quatrième âge», réalisé dans le cadre du cours de Culture Générale Adultes, CEPTA. Un questionnaire au personnel et des entretiens avec des résidants et/ou des familles ont complété la démarche.
Objectifs du projet
Partant du cas particulier d'un résidant, l'objectif de ce projet était de mener une réflexion sur les droits de la personne âgée en matière de sexualité, sur les réponses concrètes à apporter à la multitude des besoins sexuels et affectifs des résidants, et sur les moyens à mettre en œuvre pour aider les équipes à dépasser leurs préjugés, notamment face à certaines formes (socialement prohibées) de sexualité.
La démarche avait également pour objectif de réaliser un vœu formulé depuis longtemps déjà par un résidant : l'accompagner pour qu'il puisse vivre une soirée dans un cabaret.
Jamais, avant ce projet, je n'aurais osé organiser
une soirée cabaret pour un résidant.
Chantal Altermath
Cadre institutionnel
La Résidence Butini est un lieu de vie, d'aide et de soins. L'accompagnement est centré sur le respect de l'individualité et de la dignité de la personne âgée. La Résidence, avec ses 85 chambres, a été ouverte à 1979 par la Fondation Butini. En 1981 le Pavillon Butini, foyer de jour, vient compléter la prestation de la Fondation. En 2007, la Fondation ouvre la Résidence de la Rive (EMS) et le Pavillon de la Rive (foyer de jour), destinés à accueillir des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer ou d'une affection similaire.
Contexte du projet et du travail personnel
La vie sexuelle des résidants est généralement bien reconnue au sein de l'institution, mais pour autant qu'elle s'inscrive dans le cadre traditionnel du couple. En revanche, il y a beaucoup de réticences de la part du personnel, voire du dégoût, face à des demandes particulières, comme des rencontres avec des prostituées. Ces attentes sont souvent considérées comme des pratiques «déviantes» et déplacées venant de personnes âgées.
Il n'y a pas d'âge pour avoir des relations sexuelles.
Tout dépend de sa santé.
Un résidant
Comment les personnes âgées vivent-elles leur sexualité en EMS? Telle est la question générique abordée tout au long des différentes actions qui composent la démarche: temps de recherche et de réflexion, questionnaire au personnel, entretiens avec les résidants et les familles, accompagnement individualisé d'un résidant…Les éléments de réponse, consignés dans le travail écrit, reposent sur divers aspects :
- Les aspects éthiques. Les personnes âgées n'ont-elles pas droit à une vie sexuelle? La sexualité en EMS n'est pas évidente. Les moments intimes sont rares. Il y a toujours du monde qui va et qui vient. Les lits ne sont pas prévus pour deux personnes. Le plus souvent, les couples qui entrent en EMS ne partagent plus la même chambre. Enfin, les personnes âgées en EMS ont beaucoup perdu de leur mobilité et autonomie, présentent souvent des handicaps, ce qui pose un réel problème pour satisfaire leurs envies.
Certaines personnes âgées ont également des difficultés à être entendues. Il y a pourtant de réelles demandes de la part des résidants, qui doivent être prises en compte, discutées en colloque pour que le personnel adopte une attitude commune.
- Les aspects d'identité et de socialisation. Comment les personnes âgées vivent-elles leur sexualité? C'est au personnel que cette question a été posée, au travers d'un questionnaire spécialement élaboré dans le cadre de la démarche. Le personnel des soins et du ménage peut en effet être confronté à des situations délicates à gérer (résidants nus dans leur chambre…), et les professionnels de l'animation sont parfois les confidents de préoccupations d'ordre sexuel des résidants et de demandes particulières, comme aider à rédiger une petite annonce, par exemple.
Il ressort des réponses à ce questionnaire que la majorité des collaborateurs considèrent qu'il est tout à fait normal que les personnes âgées aient une vie sexuelle, et ne voient aucune objection à faire venir une prostituée dans l'EMS si un résidant le demande. La plupart des personnes interrogées estiment qu'il ne faut pas laisser les demandes sans réponse, afin d'éviter les frustrations et l'agressivité, mais qu'il s'agit de rester vigilant lorsque cela concerne des personnes désorientées.
- Les aspects juridiques. Quels sont les droits des personnes âgées en EMS? Les chartes éthiques, règlements internes et autres documents des diverses associations du secteur et des EMS ne sont pas très loquaces sur le sujet ! Il n'y a que l'APAF, l'Association pour la défense des personnes âgées en EMS, qui parle du «droit au respect de la liberté personnelle, de la sphère intime y compris la liberté sexuelle».
Si l'on considère que les résidants sont domiciliés dans l'EMS, leurs droits sont cependant limités par les contraintes de la vie en communauté. La possibilité pour les résidants de pouvoir vivre normalement leur sexualité, malgré les horaires, la promiscuité et les préjugés, dépendra donc largement de la philosophie de l'établissement. Pour qu'il n'y ait pas d'inégalité de traitement entre les EMS, le droit des résidants à vivre leur sexualité devrait être défini dans la loi, du moins dans les documents de référence du secteur.
Contexte du projet et du travail personnel
Chaque demande liée à des besoins d'intimité ou de sexualité mérite réflexion, discussion et réponse claire de la part de l'équipe. Pour cela, et pour adopter des attitudes sans ambiguïté, le personnel doit être formé, du moins sensibilisé à ces questions. C'est d'autant plus important de traiter des questions de sexualité au sein des institutions que les générations de résidants à venir auront des attentes sans doute plus exigeantes, et des comportements sexuels différents (homosexualité, sida…).
La soirée dans un cabaret – contacts préliminaires, organisation et accompagnement du résidant – a constitué l'approche pratique du projet, et permis de donner une suite concrète aux discussions et réflexions. Un sujet «gênant» de prime abord a ainsi pu être plus facilement thématisé au sein de l'équipe.
Je pense qu'avec mon travail, j'ai ouvert le débat sur
la sexualité des personnes âgées sur mon lieu de travail
Chantal Altermath
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