III. Synthèse et conclusion
   
 

Les représentations

Dans le contexte institutionnel, composé de professionnels aux origines sociales, culturelles et spirituelles très diverses, l'attention accordée à l'intimité, aux gestes de la toilette, au respect du corps, ne sera pas forcément la même pour tous. Il est dès lors primordial que chacun clarifie ses propres croyances et représentations avant de pouvoir aller à la rencontre de celles des autres. Les réactions diffèrent aussi face aux récits d'expériences menées par quelques EMS qui ont eu recours aux services de prostituées, et malgré le témoignage sincère et lucide de l'une d'entre elles, présente à la journée.

Les enjeux actuels des EMS

Considérer la question de la sexualité dans le cadre du projet d'établissement: c'est là l'un des enjeux de l'EMS. L'EMS doit construire et proposer un cadre qui permette de préserver et de promouvoir l'intimité des résidants, sans s'ingérer dans leur espace privé. Pour être davantage dans le désir, pour pouvoir l'exprimer et le vivre, la personne âgée a besoin de temps et d'espace – ce qui fait souvent défaut en institution.

La question du discernement

Peut-on laisser des résidants incapables de discernement avoir des relations sexuelles? A cette question, qui revient souvent, on peut en opposer une autre: à qui appartient le désir? Se la poser, c'est déjà réfléchir aux responsabilités et à la place de l'entourage d'un résidant, à savoir de l'institution, qui tend à s'accaparer le résidant au motif de savoir-faire, et de la famille qui fait pression sur l'institution qui accueille son parent fragilisé. Dans un tel contexte, il est donc sans doute préférable de remplacer la question de discernement par la notion de bien-être de la personne.

L'éthique

Aborder la question du discernement chez des personnes âgées fortement désorientées a conduit certains intervenants à témoigner des expériences vécues avec des adultes souffrant d'un handicap mental, et à mettre en lumière certains parallèles que l'on peut tirer, notamment quant aux situations difficiles et sensibles rencontrées en milieu institutionnel. Dans une démarche d'ouverture à la sexualité des personnes handicapées, des professionnels de la Fondation Cap Loisirs et des Etablissements publics socio-éducatifs, en partenariat avec des parents, ont élaboré une charte éthique*, dont la deuxième édition date de 2002, et qui est appelée à évoluer en fonction de l‘avancement des réflexions. Le réseau des EMS aurait aussi sans doute besoin de telles références éthiques. La fédération doit dès lors s'interroger sur la pertinence d'une adaptation de sa propre charte éthique, ou la mise en place de tout autre moyen pour prendre en compte la sexualité des personnes âgées.

Les nouveaux comportements

Les diverses présentations des professionnels et les discussions qui ont suivi ont mis en évidence le souci d'anticiper la prise en charge des futures générations de résidants qui auront d'autres comportements sexuels et d'autres besoins que les personnes âgées d'aujourd'hui: homosexualité, transsexualité. A cela s'ajoutera l'accueil de résidants, plus nombreux qu'aujourd'hui, séropositifs ou malades du sida. Enfin, la surpopulation féminine en EMS (80% des résidants en EMS sont des femmes) pourrait bien inciter des femmes, en quête de tendresse et d'amour, à se tourner vers d'autres femmes.

Formation

Les travaux et projets présentés tout au long de la journée ont mis en évidence les lacunes dans les dispositifs de formation en matière de sexualité des personnes âgées, tant dans le champ de la santé que du social et quel que soit le niveau. Comme le démontre l'expérience conduite à la Résidence La Vendée la formation donne en effet au collaborateur les moyens de prendre du recul face à une situation, de partager ses difficultés avec ses collègues, d'identifier et de comprendre ses propres tabous et préjugés, et de dépasser ses craintes face à des manifestations jugées déplacées.

Ce qu'ils en disent

Des résidants de quelques EMS étaient présents à cette journée, au travers d'intermèdes filmés, s'exprimant sur l'amour, l'intimité et la sexualité. Si pour certains il s'agit-là d'une «vieille histoire», pour d'autres il n'y a pas de limite d'âge à l'amour. Simplement, il se vit autrement, plus tranquillement, en prenant le temps, avec tendresse et caresses. Le milieu institutionnel n'est pas vraiment perçu comme un obstacle à la vie intime et sexuelle. A cet égard, les résidants estiment que le personnel est respectueux et ouvert. Les nouvelles relations qui se nouent, peu nombreuses «à un âge où on ne se lie pas comme quand on est jeune», bousculent parfois un peu l'organisation du quotidien. «Etre ensemble, c'est déjà un cadeau», dit ce résidant en couvant sa femme des yeux. «Finir sa vie auprès d'une personne avec qui on est bien, main dans la main, c'est merveilleux», renchérit cette résidante qui vit un nouvel amour avec un résidant rencontré dans l'EMS où elle réside.

 

Cette journée a montré qu'il y a consensus entre les professionnels autour des valeurs liées au respect de l'intimité de la personne âgée, qui doit pouvoir vivre sa sexualité comme elle l'entend. Cette évidence semble pourtant être en contradiction avec la réalité quotidienne de l'EMS et des pratiques professionnelles. Il est vrai que parler de la sexualité des personnes âgées – tout comme parler de la mort – renvoie à son propre vécu, et oblige à se confronter à ses propres limites. L'exercice n'est pas toujours facile. Et c'est là sans doute l'un des rôles de l'EMS: initier la réflexion autour de sujets sensibles, qui s'inscrivent au-delà des seules compétences professionnelles, pour favoriser l'évolution de l'accompagnement des personnes âgées et son adaptation à leurs besoins.

*Amour et sexualité des personnes avec un handicap mental – Charte et cadres éthique et juridique

 

  Document: Amour et sexualité des personnes avec un handicap mental – Charte et cadres éthique et juridique
   
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